Tchernobyl : 40 ans après
- Arthur Birault
- il y a 3 jours
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Le 26 avril 1986 à 1h23 du matin, l’humanité connait le pire accident nucléaire de son histoire. En une nuit, le réacteur 4 de la centrale nucléaire de Tchernobyl devient connu dans le monde entier. 40 ans après, récit d’une nuit qui a redéfini le nucléaire civil à travers le monde.

Une série d’erreurs qui a mené à la catastrophe
Causé par de nombreux facteurs humains et techniques, l’accident de Tchernobyl est lié à un manque de communication entre les équipes techniques de la centrale qui ont réduit la puissance du réacteur en journée pour procéder à un test de sureté. Quand un autre réacteur en Ukraine se déconnecte du réseau, le réseau électrique demande à Tchernobyl de poursuivre sa faible production. Avec le retard du test, c’est l’équipe de nuit qui doit le faire alors qu’elle n’a pas anticipée, elle n’est pas préparée ou informée des faits de l’équipe de jour.
Sans rentrer dans les détails scientifiques, c’est pendant le test que les ingénieurs perdent le contrôle de la fission et en tentant de la rétablir malgré une technologie vieillissante et des procédures rudimentaires, entrainent la fusion du cœur qui explosera sous la pression. Le bâtiment n°4 est soufflé, les 2000 tonnes de béton de protection du cœur volent et le toit s’ouvre, exposant le cœur radioactif à l’atmosphère. 600 pompiers sont mobilisés. Beaucoup arrêteront l’opération car victimes d’irradiation aigue et mourront dans les jours et semaines suivantes.
Les 45 000 habitants de la ville de Pripiat, située à 4 kilomètres de la centrale, vivent avec insouciance le 26 avril car les autorités gardent le silence, coupent les communications avec l’extérieur et mentent à la population exposée aux radiations : dans le contexte de la guerre froide, les Soviétiques voulaient montrer qu’ils contrôlaient la situation. Ils seront évacués le 27 avril. Une zone d’exclusion sur 5000 kilomètres carrés autour de la centrale est décidée, 100 000 personnes sont évacuées en 1986. Un énorme nuage de substances radioactives a traversé l’Europe car le cœur extrêmement radioactif était toujours en feu et propageait des particules radioactives par la fumée de l’incendie. Le feu s’éteint le 8 mai.
Des répercussions internationales sur la sécurité des centrales et la coopération politique
Gorbatchev décide de construire le « sarcophage », un dôme qui empêcherait les radiations de s’échapper du cœur. Tchernobyl a forcé une meilleure application de la politique de Gorbatchev de la glasnost ou transparence des activités gouvernementales de l’URSS. Moscou a avoué une catastrophe majeure et a collaboré avec les scientifiques du monde entier alors que le Parti communiste n’avait pas intérêt à avouer les défaillances techniques effectives dans son secteur nucléaire. Pour Gorbatchev, Tchernobyl a précipité la chute de l’Union soviétique. En 2011, un second dôme de protection est construit pour recouvrir le premier qui laissait l’eau s'infiltrer, prévu pour durer un siècle.
Tchernobyl a créé une peur du nucléaire civil, réputé sûr mais désormais potentiellement mortel. Dans les années qui ont suivi, aucun nouveau projet de centrale nucléaire n’a vu le jour en Europe. Les centrales nucléaires sont davantage testées et les défaillances de 1986 (systèmes de refroidissement, sécurité et confinement du cœur) sont réparées au cas par cas dans le monde. Le défaut qui a causé l’explosion (bouton d’arrêt d’urgence) a été réparé sur les autres réacteurs RBMK.
Tchernobyl nous a aussi permis de comprendre les effets de la radioactivité en zone civile sinistrée et à élaborer des plans de réponse et de gestion de crise. Des technologies plus sûres ont été inventées depuis. L’accident a aussi divisé entre courants écologistes et pronucléaires, comme en Allemagne où l’accident a fortement incité les partis de gauche à abandonner le nucléaire civil. L’Agence Internationale de l’Energie Atomique a vu son importance grandir pour uniformiser les protocoles de sécurité et de gestion de l’énergie nucléaire, et permettre une meilleure communication entre les scientifiques en dehors d’un cadre politique ou idéologique.
40 ans après, quoi en dire ? Bilan d’une évolution et nombre de décès
L’explosion du réacteur n°4 de la centrale de Tchernobyl reste la pire catastrophe nucléaire de l’histoire moderne. Le pouvoir soviétique a pris beaucoup de risques dans ce scandale : le Kremlin avait envoyé environ 530 000 personnes dans la zone d’exclusion pour « liquider les conséquences de l’accident de Tchernobyl » et éviter la propagation de la poussière radioactive. Tous ont été massivement confrontés à des hauts taux de radiation. Dans les années qui ont suivis, on a vu une hausse soudaine des détections des cancers de la thyroïde, risque accru après une exposition radioactive.
Dès le début de la guerre en Ukraine le 24 février 2022, les forces militaires russes se dirigent vers le complexe de Tchernobyl et le prennent d’assaut, au risque de réactiver des matériaux radioactifs. Les Ukrainiens ont ensuite repris la zone en avril. Le 14 février 2025, un drone d’attaque russe frappe l’arche de confinement, ce qui l’a endommagé gravement. La guerre récente, même en Iran, fait prendre conscience du risque que les installations nucléaires représentent en situation de conflit militaire.
Au total, 200 000 personnes ont été déplacées de leur domicile initial. La zone d’exclusion sera inhabitable pour encore environ 24 000 ans. Selon Moscou, 31 personnes sont mortes à cause des conséquences de la catastrophe. Pour l’OMS, 4 000 personnes pourraient mourir à long terme par des complications dues au désastre comme des cancers. Des ONG estiment un bilan de 300 000 décès à long terme.
Nous ne connaitrons probablement jamais le nombre exact des victimes de Tchernobyl.
Sources :
Arte, 2026. Tchernobyl, anatomie d’une catastrophe. Documentaire en 3 parties : En enfer, Radiation, Responsabilité. Disponibles sur : https://www.arte.tv/fr/videos/RC-027769/tchernobyl-anatomie-d-une-catastrophe/ [consultées le 23 avril 2026].
Le Monde, 2026. Tchernobyl, la catastrophe nucléaire minute par minute [en ligne].
Disponible sur : https://www.youtube.com/watch?v=nNFKMte0mXQ [consulté le 23 avril 2026].
Autorité de sûreté nucléaire et de radioprotection, 2026. Etat des connaissances sur les conséquences sanitaires des accidents nucléaires de Tchernobyl et Fukushima [en ligne].
Disponible sur : https://recherche-expertise.asnr.fr/savoir-comprendre/crise/etat-connaissances-sur-consequences-sanitaires-accidents-nucleaires [consulté le 23 avril 2026].


