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Iran : analyse après 1 mois de guerre

  • Arthur Birault
  • 3 avr.
  • 5 min de lecture

Dernière mise à jour : il y a 44 minutes


Alors que Trump reporte pour plusieurs jours encore les bombardements américains contre les infrastructures énergétiques iraniennes, un espoir de fin du conflit au Moyen-Orient pourrait naitre. Même si la paix totale est loin d’être acquise, il est peut-être temps de faire un point sur la situation actuelle en Iran.


© Win McNamee / Getty Images
© Win McNamee / Getty Images

Une incohérence stratégique entre Israël et les Etats-Unis

Les 2 pays ont bien le même objectif : affaiblir l’Iran à long terme. Seulement, les raisons exprimées sont diverses : destruction du programme nucléaire iranien, destruction du programme balistique, hostilité au régime des mollahs, objectifs pétroliers… Le Secrétaire américain à la Défense Pete Hegseth a dit que l’Iran aurait même tenté de tuer Donald Trump. Il est certain que pour ces deux pays, ces arguments sont valables car la capacité de nuisance de l’Iran est réelle, d’autant qu’elle finance des groupes terroristes comme le Hezbollah ou le Hamas qui se battent contre Israël au quotidien. Des objectifs armés ont été atteints avec l’affaiblissement de la marine et de l’aviation iraniennes et la mort de dizaines de responsables militaires dans les frappes. Mais réussite militaire ne signifie pas toujours victoire politique : la succession du régime iranien est déjà en place, et elle tient.


Si l’on pense à très long terme, il y a une différence entre Israël et les Etats-Unis : Israël vise probablement l’annihilation totale du régime iranien afin de sécuriser sa position régionale au Moyen-Orient puisque Iran et Israël se voient mutuellement comme le diable, et l’existence de l’un menace constamment la survie de l’autre (il faut rappeler que les Gardiens de la Révolution islamique ont juré de traquer et tuer Benjamin Netanyahou). Pour arriver à cet objectif, il est probable qu’Israël n’hésitera pas à mobiliser tous ses moyens militaires et financiers. En revanche, les Etats-Unis sont traumatisés des guerres qui s’éternisent avec l'Afghanistan (2001-2021), l’Irak (2003-2011) et les milliers de milliards de dollars et milliers de vies américaines perdues. L’opinion publique américaine est réticente à l’envoi durable d’hommes sur le terrain, et ce sera un possible point de friction futur avec Israël, au risque que Trump laisse Netanyahou se battre seul.


Une légitimité affaiblie à Washington

Dès le déclenchement des frappes, quelques influenceurs et podcasteurs du mouvement pro-Trump MAGA (Make America Great Again) ont annoncé ne pas vouloir soutenir ce qu’ils décrivent comme « une autre guerre au Moyen-Orient », disant que c’est la guerre d’Israël, pas celle des Etats-Unis, et que Washington devrait se retirer du conflit. En signe de protestation contre la guerre en Iran, Joe Kent, le directeur du Centre national de lutte antiterroriste, a démissionné. Pete Hegseth a viré jeudi 2 avril sans justification le chef d'état-major de l'armée de terre Randy George alors que ses forces sont engagées depuis 1 mois maintenant.


Le Congrès américain soutient l’administration : la plupart des Républicains applaudissent les frappes répétées contre l’Iran quand la minorité Démocrate est très préoccupée par le manque de stratégie claire du gouvernement. Pendant l’audition au Sénat le 18 mars de la directrice du renseignement national Tulsi Gabbard, elle annonce qu’il n’y a que le Président qui peut déterminer ce qu’est une menace imminente pour la sécurité nationale : un sénateur dément et qualifie son attitude de faute professionnelle. Pour Gabbard, « le régime iranien semble intact mais largement affaibli par l’opération Epic Fury. […] Le programme d’enrichissement nucléaire iranien a été anéanti. Il n’y a pas eu d’efforts depuis pour essayer de reconstruire leur capacité d’enrichissement », ce qui contredit les arguments de la Maison-Blanche déclarant que l’Iran relançait un programme de développement d’armes nucléaires.


Auprès de ses alliés, Trump est dans une position délicate : il appelait les Européens et d’autres alliés à le soutenir pour libérer le détroit d’Ormuz bloqué par l’Iran, mais quelques semaines après la crise entourant le Groenland, les Européens n’ont pas accepté d’aider militairement Washington alors que leur amitié était au bord de la rupture en février. De plus, personne ne fut prévenu de l’intervention. Ce manque de communication venant des agences de renseignement américaines peut être révélateur de l’importance donnée à l’Europe et à l’alliance de l’OTAN, qui souhaitent le plus rapidement possible un retour à la normale au Moyen-Orient et une stabilisation du prix du pétrole.


Une résolution de crise difficile avec l’Iran

Trump annonça le 23 mars sur X stopper les attaques contre l’Iran car des négociations sont en cours. Le président du Parlement et le ministre des Affaires étrangères de l’Iran démentent l’information : « Aucunes négociations n’ont eu lieu avec les Etats-Unis » selon le président Ghalibaf. Néanmoins, le ministère affirme avoir reçu des messages de pays amis indiquant que les Etats-Unis souhaitaient entamer des négociations, mais sans réponse de l’Iran. Kamel Kharazi, conseiller auprès du guide suprême iranien, a qualifié de « faux récit » la description faite par les Américains de la destruction des capacités militaires du pays, et annonce qu’il n’y a pas de place à la diplomatie. Difficile pour Trump qui annonce des négociations alors qu’au même moment Téhéran et Tel-Aviv continuent de s’attaquer malgré l’action diplomatique américaine.


A l’heure actuelle, il semble presque impossible que l’Iran accepte volontairement d’arrêter le conflit, après la mort de plusieurs personnalités centrales du régime qui doivent être vengés selon eux. Les multiples bases militaires américaines dans la région réparties entre le Koweït, le Qatar, le Bahreïn et les Emirats Arabes Unis ainsi que les ambassades restent des cibles privilégiées des drones et missiles iraniens, dont les populations civiles sont les victimes collatérales. La mort de hauts responsables iraniens n’a pas entrainé la chute du régime ou le soulèvement de la population comme espéré aux Etats-Unis, car le régime s’est solidifié autour de ses survivants pour combattre.


Il est possible que les Etats-Unis s’éloignent après de nombreuses pertes humaines dans leurs rangs ; Israël continuera seule (pour combien de temps ?) ou suivra le Pentagone dans leur retrait ; la politique iranienne sera scrutée par beaucoup d’Etats pour un certain temps. Le pétrole sera l’objet de beaucoup de questions car les Etats-Unis sont évidemment intéressés par les capacités de production iraniennes. Néanmoins, l’Iran va rechercher des alliances stables et constructives, reconstruire leurs infrastructures pétrolières et gazières et continuer à financer les réseaux anti-Occidentaux comme le Hezbollah par exemple. Il faudra suivre l’évolution des positions militaires américaines dans la région, si elles se renforcent ou si elles évacuent petit à petit selon ce que décideront les pays du Golfe qui subissent les conséquences matérielles des décisions de leurs alliés américains. A ce propos, le ministre iranien des Affaires étrangères Seyed Abbas Araghchi avait ironisé sur X que « le prétendu parapluie sécuritaire américain s’est révélé être truffé de trous ».


Dans son audition au Sénat, Tulsi Gabbard souligne que même avec des manifestations massives et une économie faible, « l’Iran et ses alliés restent capables et continuent d’attaquer les intérêts des Etats-Unis et de leurs alliés dans le Moyen-Orient. Si un régime hostile survit, il entreprendra un effort de plusieurs années pour reconstituer ses forces de missiles et de drones. » Une contre-attaque lentement préparée par l’Iran contre des positions et intérêts américains est à prévoir dans plusieurs mois ou plusieurs années suivant la fin de cette crise majeure pour retrouver sa crédibilité auprès de ses alliés, marquer son retour sur la scène internationale et venger les pertes subies.



Sources :


Le Devoir, 2026. Trump évoque des « négociations » avec l’Iran, Téhéran nie et vise Israël [en ligne]. Disponible sur : https://www.ledevoir.com/monde/moyen-orient/965868/Israël-frappe-teheran-aie-met-garde-contre-grave-crise-energie [consulté le 24 mars 2026].


Commission spéciale du Sénat des Etats-Unis d’Amérique sur le renseignement, 2026. Audience publique : Menaces mondiales – Déclaration liminaire de Tulsi Gabbard, Directrice du renseignement national (en anglais) [en ligne]. Disponible sur : https://www.intelligence.senate.gov/wp-content/uploads/2026/03/os-gabbard-031826.pdf [consulté le 24 mars 2026].

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